Caroline, fille d’un boat people vietnamien, symbole réussi de la diversité et d’intégration

Fille d’un réfugié politique vietnamien, Caroline Guyenne perçoit la France comme une terre d’accueil et d’humanisme. C’est aussi sous ces traits là qu’elle voit Noyant-d’Allier à la population aux origines métissées.

Après la prise de Saïgon en 1975 par l’armée populaire vietnamienne, des centaines de milliers d’habitants de ce pays d’Asie du sud-est commencent à le quitter en toute urgence, souvent au péril de leur vie, notamment par la mer. La fin de la guerre du Vietnam lance le début d’un exode dantesque. Fuyant la répression communiste, le père de Caroline Guyenne était l’un de ces boat people, raconte cette commerçante de Noyant d’Allier, d’une voix cristalline nuancée d’émotion :

« En 1984, papa s’est jeté à l’eau dans une embarcation de fortune à destination des Philippines… Il est arrivé sain et sauf. Il a ensuite réussi à obtenir un statut de réfugié politique en France. Nous avons finalement pu le rejoindre sept ans après, en 1991, grâce à un regroupement familial ».

La population de Noyant puise ses racines dans dix-sept pays


Entre 1975 et 1996, comme la famille de Caroline Guyenne, 1,4 million de Vietnamiens abandonneront leur terre natale, la mort dans l’âme. Le pays de Sartre et Aron, deux des intellectuels qui se mobiliseront très vite pour leur cause, accueillera près de 130.000 réfugiés vietnamiens, cambodgiens, laotiens. A ce jour, il s’agit de la dernière grande vague d’immigration en France. Vingt-quatre ans après son arrivée dans l’Hexagone, Caroline Guyenne éprouve toujours un puissant sentiment de gratitude envers le pays des Droits de l’homme : « Il nous a offert un nouveau départ ».

Sa famille s’installera à Noyant-d’Allier, dans le bocage bourbonnais, pour refaire complètement sa vie : « Des gens d’une gentillesse extraordinaire nous ont accueillis… Moi, j’avais 11 ans. Je me souviens particulièrement de deux institutrices du village. Elles m’ont appris à lire, à écrire le français, elles m’ont enseignée la culture française dont je ne connaissais rien. Avec beaucoup de patience, de pédagogie, elles ont su se mettre à ma portée ».

Nguyen Thi Phuoc Trong est devenue Caroline Guyenne


Terre d’humanisme et terre d’accueil. Voilà comment la jeune femme de 35 ans perçoit la France. Comme un signal supplémentaire de sa reconnaissance, de son intégration, elle a adopté à son tour la nationalité de son pays d’adoption. Nguyen Thi Phuoc Trong est devenue Caroline Guyenne, une personnalité incontournable de Noyant. Propriétaire d’une boutique de produits asiatiques, d’un bar et d’un restaurant réputé pour ses spécialités vietnamiennes, thaï, chinoises.

Elle incarne aussi un trait d’union générationnel entre deux périodes migratoires en France : celle des boat people asiatiques réfugiés à partir de 1975 et celle des Français d’Indochine rapatriés à partir de 1954, après l’indépendance du pays acquise de haute lutte par Ho Chi Minh.

Entre 1955 et 1965, emportés loin de chez eux comme des fétus de paille dans le tourbillon de l’histoire, des milliers de ressortissants de l’ancienne colonie s’installent alors en métropole. Dont plusieurs centaines à Noyant d’Allier. Ces Français, souvent eurasiens, dont beaucoup de femmes et d’enfants de militaires ou de fonctionnaires de l’administration coloniale, trouvent un toit sans problème dans le petit village. La fermeture de la mine de Noyant en 1943 a vidé les corons, de modestes maisons ouvrières offrant un opportun ensemble immobilier pour loger ces familles « d’Indochinois ».

Au XXIe siècle, métissé par une population attachée au bouddhisme, Noyant, dont la pagode dressée au cœur du bourg est là pour faire foi, ressemble toujours à un surprenant petit morceau d’Asie campée en pleine France rurale.Mais sur les boîtes aux lettres du village, on trouve aussi fréquemment des noms aux consonances d’Europe de l’est. Ceux des descendants des gueules noires d’origines polonaise, tchèque, russe, qui travaillaient autrefois sur ce grand site d’extraction houillère.

La population noyantaise puise ses racines dans environ dix-sept nations. Peut-être même bientôt davantage. Comme un symbole, très exactement soixante ans après l’arrivée des premiers rapatriés d’Indochine à Noyant, son maire actuel, Michel Lafay, s’est manifesté auprès de la préfecture de l’Allier pour accueillir des réfugiés syriens.

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