Davy Dao, le génie vietnamien du jean

Quand il était petit, il héritait des jeans de son grand frère. Il a dû attendre sa quatorzième année pour avoir son premier baggy neuf. Depuis, le Nancéien d’origine vietnamienne Davy Dao s’est fait un nom dans la longue histoire du prêt-à-porter.

Sans producteur, sans attaché de presse, sans « piston », simplement grâce à ses vidéos sur Youtube, le jeune styliste vietnamien Davy Dao a longtemps vendu ses créations via une simple page Facebook.

Quelques centaines de modèles seulement, produits en série dans un studio de 23 m² à Nancy, mais qui ont trouvé des fans dans le monde entier : Australie, Dubaï, Tahiti… Quand on sait qu’une seule unité nécessite « une trentaine de pièces, 50 opérations d’assemblage et entre quatre et six heures de travail », on mesure mieux sa détermination. Depuis, il a ouvert la première Denim Fabric de France, un concept qui lui permet de s’attaquer au prêt-à-porter haut de gamme fabriqué dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre. Le styliste se permet même le luxe de vendre des jeans sur mesure au prix du prêt-à-porter. Il faut compter entre 100 et 150 € suivant les modèles.

Davy Dao a créé de nouvelles collections de jeans, T-shirt, pulls… Des joueurs de l’ASNL et plusieurs artistes de passage à Nancy, dont Emmanuel Eveno, le guitariste du groupe Tryo, ont craqué pour ses créations reconnaissables à leur « décroché » sur la cuisse. Ils pourront dorénavant passer commande depuis la boutique en ligne qu’il vient de lancer.

Un type 002


Quelle belle revanche pour ce gamin issu d’une famille de huit enfants qui a dû attendre sa quatorzième année pour s’offrir son premier jean, un Levi’s Strauss Type 002 rien qu’à lui. Un baggy première main !

« C’était la première fois que je n’héritais pas du jean de mon frère. Le problème, c’est qu’il était bien trop grand ! » Pour l’adapter à sa taille, Davy a donc récupéré la ceinture d’un vieux 501 hors d’usage et emprunté la machine de sa mère, couturière… Dans la cour de son collège, à Troyes, son modèle hybride fait sensation. Le frêle ado timide qui se faisait railler pour son look un peu démodé parvient du jour au lendemain à se faire « un billet ou deux » en personnalisant le jean des autres. Davy Dao se rêve alors en styliste. Mais son père, ouvrier, a d’autres projets pour lui, bien plus raisonnables, bien plus conformes à ceux d’une famille vietnamienne arrivée en France dans les années 80. « Il voulait que je passe mon bac, que je fasse une école de commerce et il est tombé malade. » Davy Dao n’a pas encore 17 ans quand son père décède.

La famille s’installe à Toul, près de Nancy, où il décroche un bac SES. Très affecté, il se jette corps et âme dans la vie professionnelle.

Le jean dans la peau


Il se fait embaucher dans la boutique Levi’s à Nancy. Dès le deuxième mois, il s’impose comme le meilleur vendeur, avant de se faire débaucher par un concurrent comme « responsable adjoint ». En 2011, à la faveur d’un voyage dans le pays de ses parents, « l’atelier du monde », Davy Dao a, pour la première fois, l’occasion de voir de près les coulisses de la confection. Il profite de son séjour pour apprendre sa langue maternelle, fait un stage d’immersion de plusieurs semaines dans un atelier. Et observe.

« Là-bas, je me suis acheté une machine à coudre. Et j’ai fait mon premier modèle de A à Z. L’environnement est idéal : sur place, il y a tous les fournisseurs des grandes marques mondiales. Celui qui me fournit les boutons travaille pour Diesel. »

Davy Dao a aujourd’hui embauché « Sylvette » qui a longtemps travaillé dans le textile jadis prospère à Nancy. Elle aussi trouve son jeune patron asiatique très attachant.

Denim Fabric, 5, rue Saint-Nicolas, 54000 Nancy ; boutique en ligne : www.davydao.com

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