Hanoï, un parfum de voyage

Dans les pas de son père, Jean-François Costa, Agnès a pris la relève, avec ses deux sœurs, de la maison Fragonard, vingt boutiques en France. Un nom, emprunté au peintre voyageur*, qui sied à cette arpenteuse du monde. Elle n’aime rien tant que d’entraîner sa « caravane » à la recherche d’objets, de tissus, d’artisans… avec l’énergie joyeuse des découvreuses. Dans la chaleur humide et effervescente de Hanoï, on chaloupe à la suivre. Mobylettes vrombissantes sous les talons hauts de jeunes femmes droites comme des i, ou renâclant sous le poids de familles entières, vélos flanqués de paniers poussés par des marchandes aux chapeaux coniques… la ville va et vient en un ballet incessant. Ici, pas de feux qui tiennent. Il faut se lancer pour traverser.

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« J’aime ce pouls battant. On sent la sève, la vitalité libératrice d’un pays plein d’avenir », s’enthousiasme Agnès… en évitant de justesse un scooter ! Indifférents à ce déferlement, des adeptes du tai-chi déploient leur lente chorégraphie dans une contre-allée, et les réchauds de cuisines de fortune distillent leurs parfums le long des trottoirs. Au détour de la rue des Lanternes, on prend place sur les mini-tabourets en plastique de l’une de ces cantines : « J’adore. Ça me rappelle quand étudiante à Paris, je dînais dans le petit vietnamien de ma rue ! » Mais si elle a toujours eu le goût de l’ailleurs, c’est à sa sœur Françoise que cette globe-trotteuse doit la découverte de cette « ville au-delà du fleuve », où modernité et tradition, poésie et adrénaline s’entremêlent sans jamais s’entrechoquer.

Ce sont en effet les broderies, ramenées par cette dernière, qui seront la trame des fameux « pochons de voyage ». « C’était un travail remarquable », se souvient celle qui a appris à manier l’aiguille et le fil DMC avec sa mère. Aujourd’hui, voilà quinze ans que, grâce à Agnès, les brodeuses de cette petite communauté artisanale peuvent continuer à exercer leur savoir-faire. À son juste prix. « Nous sommes une entreprise familiale où le respect est capital. Nous avons une responsabilité vis-à-vis des femmes qui mettent le luxe de leur travail au service de la maison », dit-elle. Ce matin, à l’atelier, aucun doute, nous sommes loin des discours cousus de fil blanc d’une com de façade : la reconnaissance, les rires claquaient comme broderies au vent. Celle à qui le trophée Women Equity a été décerné en 2013, et dont le « charity bag » finance les études d’orphelines en Inde (autre pays qu’elle affectionne), a l’éthique chevillée au corps. Quête d’un art de vivre dont elle a fait la marque de Fragonard, ses voyages forment aussi la solidarité.

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