Interview – Laeti­cia Hally­day: « Jade et Joy ont trans­formé Johnny »

De retour du Viet­nam, Laeti­cia Hally­day s’est confiée auprès du magazine Gala, sur sa vie de femme. Et sur ses enfants Jay et Joy d’origine vietnamienne.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’hu­ma­ni­taire?


Laeti­cia Hally­day: Je pense que j’avais ce besoin en moi depuis toujours. En adop­tant des enfants, je me suis construite dans la diffé­rence. J’ai conscience de ne pas être une mère comme les autres. Je suis mariée à quelqu’un qui n’est pas comme monsieur-tout-le-monde non plus. J’ai ressenti la néces­sité de faire des choses par moi-même, d’exis­ter en tant que femme, d’al­ler au bout de mes convic­tions, comme celle de donner la parole aux exclus de notre société avec sincé­rité. Contrai­re­ment à ce que l’on pense, ça n’est pas si simple. Il y a l’en­ga­ge­ment, puis la réalité du terrain. On passe de grands moments d’émo­tions et de joies à de grandes décep­tions, de douleurs aussi lorsque l’on se retrouve face aux injus­tices de la vie. On se dit évidem­ment qu’on ne peut pas chan­ger le monde, mais on peut éveiller les consciences. Et peut-être faire avan­cer les choses.

D’où vous vient ce besoin de vous sentir utile?


L.H.: De mon éduca­tion, c’est l’his­toire de ma vie aussi: j’ai toujours voulu répa­rer les âmes en peine. La rencontre avec mon mari n’est pas due au hasard. On s’est reconnu au premier regard: à l’époque, il allait mal, moi aussi. Petit à petit, on s’est mutuel­le­ment répa­rés. Vous devez le savoir mais je n’ai pas eu d’ado­les­cence. A quatorze ans, quasi désco­la­ri­sée, j’ai sauvé mon père de la dépres­sion. En l’ai­dant, je me suis perdue… Un jour, j’ai compris que je ne pour­rais pas chan­ger le monde, je me suis alors penchée sur mon cas et j’ai fait un travail sur moi. C’est mon histoire person­nelle qui m’a menée à l’en­ga­ge­ment huma­ni­taire. comme une évidence. La Bonne Etoileest certes un combat huma­ni­taire, mais c’est aussi une lutte intime liée à mes enfants adop­tés au Viet­nam. Ce pays que j’ai traversé en long, en large et en travers, me boule­verse. Chaque fois que je le quitte, j’y laisse une partie de mon âme. Je tente alors, modes­te­ment et à mon échelle, de lui rendre ce qu’il m’a donné. Je viens en aide aux orphe­lins lour­de­ment handi­ca­pés et à ceux victimes du sida. Ces enfants sont des pous­sières de vie, ils sont bannis de la société. En tant que mère de deux petites viet­na­miennes, je ne pouvais pas rester insen­sible ou indif­fé­rente.

Ce don de soi semble vissé à votre corps…


L.H.: Complè­te­ment. Comme je vous l’ai dit, c’est l’his­toire de ma vie. Je le dois à feu ma grand-mère, mon idole. C’est elle qui m’a ensei­gné toutes les valeurs que je tente de trans­mettre à mes filles: le respect, la tolé­rance, l’amour, l’échange, l’es­time de soi. Je suis convain­cue que lorsqu’on devient maman, on doit faire un travail avec ses enfants sur l’es­time de soi. Qu’ils soient bien dans leur peau et dans leur vie, c’est le plus beau des cadeaux à leur offrir. Moi, j’ai été victime d’un manque de confiance en moi (des années d’ano­rexie, ndlr) qui a failli me mener à la catas­trophe. Si je pouvais l’évi­ter à mes filles, je serai la plus heureuse des femmes.

Vous semblez épanouie, comme si plus rien ne pouvait vous attein­dre…


L.H.: Vous savez, ces cinq dernières années ont été très diffi­ciles. Ma famille a traversé de nombreuses épreuves: la mala­die de Johnny, des trahi­sons amicales, des décep­tions en pagaille. Il y a vrai­ment un avant et un après 2009. Le 7 décembre de cette année-là, mon mari a été plongé dans le coma pendant un mois. J’ai alors mené un combat de guer­rière pour lui sauver la vie, je me suis battue dans un pays qui n’était pas le mien, les Etats-Unis, dans une langue qui n’était pas la mienne. Quand il s’est réveillé, je n’étais plus la même. Je me suis remise en ques­tion, j’ai remis en ques­tion des amitiés qui me sont soudai­ne­ment appa­rues toxiques, mais je n’en­tre­rai pas dans les détails par pudeur, mais aussi parce que c’est désor­mais du passé. Aujourd’­hui, je dis merci à tous ceux qui m’ont fait du mal, ils m’ont permis de gran­dir. Grâce à eux, j’ai trouvé ma place dans la vie et je connais mes prio­ri­tés : ma famille et mon enga­ge­ment.

La famille au sens large, car outre votre mari et vos filles, il y aussi votre grand-mère, vos amis…


L.H.: Vous avez raison, on vit en tribu. Quand Johnny m’a épousé à l’âge de vingt ans, il a épousé un package: moi, mon arrière grand-mère et ma grand-mère! C’était vital à mes yeux de parta­ger mon quoti­dien avec elles, elles sont mes repères, mes encrages, ma source d’ins­pi­ra­tion, et mes guides dans la vie.

Johnny, qui a passé une tête sur la séance photo, a l’air complè­te­ment sous le charme de ses filles…


L. H. : Ses filles l’ont trans­formé. Il vit une nouvelle manière d’être père. Il me boule­verse quand il parle d’elles. Pour la première fois, il voit gran­dir ses enfants au quoti­dien, il a un véri­table échange avec elles. Ça semble normal, mais ça n’est pas si simple pour un artiste, surtout quand on s’ap­pelle Johnny Hally­day. Etre un artiste, c’est compliqué, c’est douter et se remettre en ques­tion en perma­nence. Johnny, lui, a une telle intel­li­gence, une telle humi­lité, un tel recul par rapport à son métier que dès qu’il met un pied à la maison, il laisse son costume de scène dehors. Donc quand il passe du temps avec ses enfants, il est à 100 %. Il les emmène déjeu­ner, au cinéma, à l’éco­le… c’est au-delà de mes espé­rances car je n’ai jamais rien fait pour le chan­ger. J’ai juste tenté de l’apai­ser, de le rendre plus serein et tenté de lui donner des clés pour qu’il se débar­rasse de ses démons. Mais nos filles ont eu un rôle incroyable dans cette guéri­son, elles ont remis l’es­sen­tiel au centre de nos prio­ri­tés. Aujourd’­hui, Johnny ne pense qu’à construire, et à lais­ser des traces pour sa famille.

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