Retrouvailles émouvants d’un boat-people et ses sauveurs

Trente-deux ans après, jour pour jour, Toan, le «boat people», retrouve les marins du «Balmy» qui l’ont sauvé alors qu’il dérivait en mer de Chine avec ses compagnons d’infortune.

Toan est né au Vietnam d’un père soldat dans l’armée française, dans une famille exilée et parquée dans le Nord après la défaite de Dien-Bien-Phu. «On nous considérait comme des traîtres au régime en place avec un seul droit, celui de nous taire», se souvient-il. A 17 ans, il part avec son frère travailler dans le textile à Saïgon. Il y restera cinq ans, caché, clandestin. Son aîné paye un passeur pour que Toan, son petit frère, puisse partir sous des cieux plus cléments. «C’était une question de vie ou de mort. Quitte à mourir, je préférais mourir ailleurs», dit Toan, tout simplement. Le 29 mai, au cœur de la nuit, Toan s’enfuit. Suit une longue errance sur la mer de Chine, à soixante et un dans une frêle embarcation prévue pour ne contenir que vingt à trente passagers maximum. On économise l’eau de la gourde rouillée, on se contente de quelques grains de riz en attendant la terre promise. Elle tarde à venir, et surtout au bout de trois jours, c’est la panne, la panne sèche. On accroche la frêle embarcation à une bouée de pêcheurs en espérant que ces navires américains ou ces gros cargos qui croisent dans le golfe de Siam auront pitié des «boat people». Il n’en est rien. En désespoir de cause, on décide de se laisser emporter par le courant vers une mort quasiment sûre. Le salut viendra du «Balmy», un navire français qui rentre vers Singapour et récupère les réfugiés vietnamiens. La suite de l’histoire, c’est la France, Paris, les centres d’accueil, les stages pour apprendre le français, un apprentissage, un travail chez Garcia à Bram, c’est la rencontre avec celle qui deviendra son épouse, Simone. Une histoire qui se poursuit au Mas-Saintes-Puelles où Toan vit avec son épouse et ses enfants dans une belle maison qu’il a bâtie de ses mains.

D’émouvantes retrouvailles


Une histoire que nous avons relatée, l’an dernier, dans nos colonnes, et lue, par hasard, par un Français du bout du monde, qui vit là-bas au Québec et qui servit sur le «Balmy», contacte un de ses camarades d’alors, Bernard Paul. Celui-ci avait même filmé le sauvetage. Il cherche, cherche et trouve Toan dans l’Ouest audois, au Mas-Saintes-Puelles. Il lui envoie une copie du film. C’est Simone, son épouse, qui la reçoit. Elle appelle Toan et lui dit : «On a reçu quelque chose, c’est ton histoire». Les deux hommes se retrouvent en Bretagne, où vit l’ancien marin. «On est tombé dans les bras l’un de l’autre, on s’est embrassé et puis on s’est regardé pour voir à quoi on ressemblait». Bernard Paul, qui est venu, part d’un grand éclat de rire. Il est là, chez Toan avec Jacques Poulet et Dominique Merle. Tous trois faisaient partie de l’équipage du «Balmy» pour cette mission humanitaire qu’aucun d’eux n’a oublié et dont ils sont si fiers. «Nous devions récupérer les «boat people». En deux missions, nous en avons récupéré 398. Eux étaient à bout, partis depuis dix jours. Ils avaient du mal à faire signe. Ils étaient apeurés», rapporte B. Paul. Ces gens à la dérive qui ne parvenaient pas à tenir debout et n’avaient que la force de baiser les pieds de leurs sauveurs, aucun des trois n’a pu les oublier. «On n’aurait pas pu ne pas les voir. La difficulté, c’est qu’on ne pouvait les repérer qu’à la jumelle. Dans ces eaux infestées de pirates, il fallait être prudent. On envoyait donc des commandos marine avant de s’approcher. Ensuite, on les faisait monter. Parfois, il fallait même les porter. On n’y pense pas tous les jours mais c’est là, au fond de la poche», confient-ils pudiquement.

Ce 6 juin, c’était la fête chez Toan. «J’avais deux frères, à présent, j’en ai trois», sourit Bernard en étreignant Toan.

Source
Gladys Kichkoff / La dépêche

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