Un parfum d’Indochine

De la baie d’Along aux énigmatiques temples Cham de My Son, balade au fil de l’eau, au coeur d’un Vietnam envoûtant, nouveau tigre d’Asie qui revient de loin.

Du Nord au Sud. Du fleuve Rouge au delta du Mékong. De l’ombre à la lumière. Dans ce pays où tout commence et tout finit au bord de l’eau, Hanoï offre d’emblée sa géographie harmonieuse, sa jeunesse pétaradante et ses marchés antédiluviens. Authentiquement vietnamienne, la ville aux mille ans d’histoire, assoupie sous la garde de la grande digue qui la protège des humeurs du fleuve Rouge, fut à son origine édifiée selon les règles de la géomancie. Est-ce pour cela que l’on s’y sent immédiatement à l’aise ? Ici, « un lac oblong, que ses arbres abritent comme des ombrelles, chante au coeur de la cité, la chanson de l’eau immobile » (Albert Londres). Ailleurs, près de la cathédrale, des étudiants discutent sous les allées de platanes. Parfois, sous les écheveaux insensés de fils électriques, on distingue un banian séculaire. Les Français du Tonkin ont mis, jadis, à Hanoï les bouchées doubles. En vingt ans, comme s’ils étaient là pour des siècles, ils ont bâti des villas à colonnes et fronton, un opéra, un bel hôtel, ouvert l’hippodrome et les halles, assaini et drainé les deux lacs. Délicieuse Hanoï, infiniment vivante, au coeur ancien encore intact.

A 110 kilomètres de là, à Haiphong, le plus grand port du Vietnam du Nord, un bateau de la Compagnie du Ponant attend pour faire découvrir la face maritime de ce long pays. C’est donc de la passerelle du Soléal, petit paquebot de croisière à taille humaine, que l’on découvrira la baie d’Along. Ciel ouaté et mer d’étain. Le soleil s’est enfui, les oiseaux de mer aussi, reste un silence profond qui convient parfaitement à la lente approche de ces paysages d’estampes, 2.000 îlots fantomatiques laissant entrevoir antres sombres, plages secrètes et mers intérieures. Nous croisons quantité de petites jonques et de bateaux de tourisme surgissant souvent du néant… Un oeil sur la table à carte pour confirmer que ce sont bien les Français qui ont nommé la plupart des reliefs de ce dédale de roche et d’eau. Le donjon, le sampan, le buffle, le képi, le polichinelle sont toujours là, et même l’île de… l’animal aux longues oreilles, celui dont il ne faut jamais prononcer le nom à bord d’un navire, mais que des novices s’empresseront de nommer à haute voix… Pas de quoi cette fois troubler notre descente du dragon, progression paisible vers le sud dans les eaux vertes du golfe du Tonkin.

Vingt-quatre heures plus tard, première aube ensoleillée : débarquement à Chan May, port d’accès de Huê, l’ancienne capitale impériale. A droite les eaux scintillantes de la lagune de Phu Lôc, à gauche les lointains bleutés de la chaîne annamitique et le Laos, où se faufilait jadis comme une immense toile d’araignée, l’invisible piste Ho Chi Minh-Ville sur 20.000 kilomètres. Le gris des buffles dans les rizières vert tendre, les plantations d’eucalyptus, les maisons cossues couleur pastel, les campements de pêcheurs de crevettes, les échoppes où l’on vend des soupes aux cheveux d’ange, et quelques blockhaus américains encore debout.

Hôtesses impériales…


Tout au long de la route, un concentré d’Asie, et enfin Huê, lovée dans une courbe de la rivière des Parfums. Huê l’aristocrate, qui s’est trouvée pour son malheur quasiment sur le 17e parallèle lors de la guerre. Huê qui affiche le sourire doux et mélancolique de ceux qui ont beaucoup souffert. Ses palais et sa cité interdite éventrés, aujourd’hui si sereins ; ses belles maisons traditionnelles où reçoivent encore, le temps d’un repas, des descendantes de sang royal ; son tranquille couvent des Oiseaux et ses tombeaux impériaux, magnifiques lieux de promenade sertis de hauts pins, d’étangs symboliques et de fraîches pagodes… On circule à Huê en cyclo-pousse ou en bateau sur la rivière, on voudrait s’attarder au mausolée Tu Duc, si poétique, discuter encore avec Mme Boi Tran, peintre et personnalité délicate, trouver au marché ces masques fleuris qu’arborent toutes les amazones sur leurs scooters dernier cri ; on ne quitte cette ville qu’à regret.

La transvietnamienne file toujours plus au sud en direction du col des Nuages. De part et d’autre de la route, les bornes kilométriques posées par les Français. En contrebas, la plage de sable fin de Lang Cô.

… et danseuses célestes


Puis apparaît Danang, l’ancienne Tourane, en plein boom économique, qui offre pour seuls attraits ses plages, où venaient se reposer les GI’s, et son exquis musée d’art Cham. Là, autour d’une cour plantée de frangipaniers, un petit musée construit en 1915 avec l’aide de l’Ecole française d’Extrême-Orient réunit les plus belles sculptures chames au monde. Impérieux lingas ornés de statues de Shiva, de Ganesh, de Vishnou ou de Garuda, danseurs et danseuses célestes aux lignes trapues, mais jouant avec élégance de courbes douces et pleines, scènes mythologiques traduites avec sensibilité dans le grès rose… Autant de pièces témoignant de la grandeur du Royaume du Champa, qui s’étirait jadis au centre et au sud du pays, sur la bande côtière.

C’est à My Son, ancienne capitale religieuse du VIIe au XIIe siècles, que l’on trouvera les plus beaux vestiges des temples où se trouvaient certaines de ces oeuvres… ainsi que quelques cratères de bombes lâchées par les B52, le Vietminh ayant choisi de s’établir dans ce décor irréel pendant la guerre… My Son qui occupe une petite éminence au centre d’un amphithéâtre naturel de collines parfaitement vierges. Le guide vous explique que là vivaient, jadis, des rhinocéros, des éléphants et des tigres ! Et l’on s’attend à tomber sur un Kurtz ou sur un Mayrena (*) solitaire et égaré en son esprit comme en son royaume.

Infos pratiques :


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Source : Anne-Marie Gélinet

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