Une avocate dénonce le traitement réservé à des prévenus vietnamiens

Me Emmanuelle Mauro, avocate au barreau de Béthune, se dit scandalisée par le traitement réservé à onze prévenus vietnamiens, au tribunal de Béthune, jeudi. Arrêtés sur l’aire de repos d’Angres, sur l’A26, dans le cadre d’une affaire d’immigration clandestine, ils ont été affublés d’un bracelet avec un numéro le temps du déferrement. L’avocate a décidé de saisir le Défenseur des droits de l’Homme.

« Ça me choque ! » Le lendemain, Me Emmanuelle Mauro n’en revient toujours pas de la scène à laquelle elle a assisté au tribunal de Béthune, jeudi. Elle représentait l’un des onze Vietnamiens qui étaient présentés devant un juge d’instruction béthunois dans le cadre d’une affaire d’immigration clandestine (lire encadré ci-dessous).


« À leur arrivée au tribunal de Béthune, on les a obligés à porter un bracelet avec un matricule composé d’une lettre et d’un nombre, raconte l’avocate. Ensuite, durant toute la procédure, on les a appelés par ce matricule chaque fois qu’on s’adressait à eux ou lorsqu’on parlait d’eux… Il y avait pourtant des interprètes présents, ils pouvaient prononcer leurs noms, on pouvait se faire comprendre. Il n’y avait aucune raison de ne pas utiliser leurs noms. »


De mémoire de juriste, Me Mauro n’avait jamais assisté à cela. Et le nombre élevé de prévenus ne justifiait en rien le recours à ces matricules, selon elle. « Je suis déjà intervenue dans une affaire de stupéfiants pour laquelle il y avait vingt-cinq déferrements d’un coup, et on avait utilisé leurs noms comme pour toute affaire. Mais là, ils sont Vietnamiens, apparemment ça les autorise à pratiquer un étiquetage, purement et simplement ! »

Saisir le Défenseur des droits de l’Homme


L’avocate dit avoir demandé de faire acter cela mais la juge d’instruction aurait refusé. « Je suis consternée. S’ils s’étaient appelés Jean-Michel ou autre, on ne les aurait certainement pas étiquetés, même nombreux. »


Me Emmanuelle Mauro annonce donc son intention de saisir le Défenseur des droits de l’Homme. « Si nous, avocats, on ne fait rien pour les droits de l’Homme, alors plus personne ne le fera », estime l’avocate, qui assure que nombre de ses confrères du barreau de Béthune partagent son indignation. Contacté hier, le parquet de Béthune expliquait : « S’agissant d’une procédure purement administrative, nous n’avons aucun commentaire à faire du côté judiciaire ». Cela ne regarde donc que la juge d’instruction.

Affaire d’immigration clandestine


Cette vague d’interpellations a été effectuée par la police parisienne, lundi, sur commission rogatoire. Les onze Vietnamiens en situation irrégulière se trouvaient sur l’aire de repos d’Angres, sur l’autoroute A26.


Ils ont été déférés au parquet de Béthune jeudi. La juge d’instruction a mis en examen ces onze personnes d’origine vietnamienne. La qualification des faits est criminelle : ils sont accusés d’extorsion en bande organisée, séquestration, participation à une association de malfaiteurs, aide à l’entrée et au séjour irrégulier dans le pays. En somme, ils sont accusés d’avoir tenu le rôle de « passeurs » pour des séjours irréguliers en France.


Ils ont tous été placés en détention provisoire après passage devant le juge des libertés et de la détention.

Like this post? Please share to your friends:
SITE VIETNAM
Leave a Reply

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!: