Vietnam-Chine : les frères-ennemis

Malgré leur récente histoire communiste commune, les relations entre la Chine et le Vietnam ont toujours été particulièrement tendues, et ce à cause des multiples tentatives de conquête du Vietnam par les Chinois. L’événement du 2 mai dernier a alors eu pour seule conséquence de raviver le conflit territorial en mer de Chine méridionale. En effet ce jours-ci, le gouvernement chinois a décidé d’installer une plateforme de forage (HD-981) dans la Zone Economique Exclusive (ZEE) et sur le plateau continental du Vietnam. A la suite de cet événement, les navires chinois auraient alors attaqué les bateaux vietnamiens en service dans cette zone, provoquant alors de nombreux dégâts ainsi qu’un accident maritime d’une certaine ampleur. L’affaire, grandissant de jour en jour, a provoqué une poussée anti-chinoise au Vietnam comme le démontre différentes manifestations soutenues par le gouvernement, mais dégénérant par la suite en émeutes.

Pour mieux comprendre la problématique, il est important de noter que le noeud du conflit, à savoir la plateforme HD-981, est située à 120 milles marins des côtes vietnamiennes, c’est à dire totalement au sein de la ZEE du Vietnam. Par cette initiative chinoise, la souveraineté du Vietnam aurait alors été violé, mais une telle action a également pour effet de menacer la sécurité et la paix dans la région. En effet, le 7 mai 2014, la Chine avec quatre-vingts navires appuyés par des avions ainsi que sept navires militaires et trente-trois navires de polices maritimes, aurait attaqué par canon à eau les bateaux vietnamiens en service dans la zone, endommageant par cet acte lesdits navires et blessant au passage six de ses marins. Une menace touchant donc gravement à la sécurité en Mer orientale mais aussi de la région plus globalement.

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UN HISTORIQUE PAS SI ROSE


Même s’il est vrai que durant la guerre d’Indochine puis lors de la guerre du Vietnam, la Chine avait apporté un certain soutien économique et militaire au Nord-Vietnam, la réalité est toute autre durant ce qu’on appelle la bataille des îles Paracels datant du 19 janvier 1974. C’est ainsi que pour la domination de la mer de Chine méridionale, une première confrontation est survenue durant la guerre du Vietnam. Le Sud-Vietnam et la République Populaire de Chine en sont venus à s’affronter militairement pour le contrôle des îles Paracels, appelée Hoàng Sa par les Vietnamiens et Xīshā par la Chine.

La Marine chinoise est alors parvenue à s’emparer des Paracels au terme d’une bataille navale qui causa près de cinquante-trois morts et seize blessés parmi la flotte sud vietnamienne et dix-huit morts du côté chinois. Après la chute de Saigon, le Vietnam communiste réunifié reprit à son compte les revendications sud-vietnamiennes sur cet archipel et le contentieux perdure jusqu’à ce jour.

La guerre sino-vietnamienne qui dura du 17 février au 16 mars 1979 fut une énième illustration des tensions entre les deux pays, mais marqua surtout la volonté chinoise de réaffirmer sa prédominance en Asie, suite à l’invasion du Cambodge par le Vietnam provoquant la fin du Kampuchéa démocratique (Cambodge démocratique), à savoir le régime des Khmers rouges, proches des maoïstes. Inquiétée par l’importante progression en Asie du Sud-Est de l’influence du régime soviétique sur le Vietnam, la Chine envoya son armée qui pénétra dans le Nord du Vietnam avant de se retirer un mois après. Depuis cette date, les deux pays tentent tant bien que mal de collaborer dans le but d’améliorer leurs relations économiques et plus spécifiquement diplomatiques, malgré quelques points discordants comme la souveraineté des îles Spratleys. Un vieux rappel donc du conflit qui agite la Russie et le Japon concernant les îles Kouriles.

UNE VIOLATION DE LA SOUVERAINETÉ VIETNAMIENNE ?

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Mais alors que dit la loi concernant l’affaire de la plateforme pétrolière HD-81 ? Et bien conformément à la Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer de 1982, dont la Chine est également membre, le Vietnam disposerait « des droits souverains aux fins d’exploration et d’exploitation » des ressources naturelles se situant dans cette zone (article 56). Toujours conformément à cette convention (article 58), tout autre Etat à l’obligation de tenir dûment des comptes de ces droits du Vietnam et d’agir d’une manière compatible avec la convention (« In exercising their rights and performing their duties under this Convention in the exclusive economic zone, States shall have due regard to the rights and duties of the coastal State and shall comply with the laws and regulations adopted by the coastal State in accordance with the provisions of this Convention and other rules of international law in so far as they are not incompatible with this Part »).

Enfin, la Chine serait également en tort après avoir employé la force, violant en ce sens la Déclaration sur la conduite des parties en Mer orientale (DOC) signée en 2002 entre les pays de l’ASEAN. Selon celle-ci, les pays s’engageraient à régler les différends en Mer orientale par des mesures spécifiques et conformément au droit international. Mais attention, un accord a certes été conclu mais il convient de noter que certains pays signataires ont demandé à ce que cet accord ne s’applique pas si un des pays estime le recours à la force nécessaire. Cette déclaration diminuerait donc les tensions mais ne remplacerait en aucun cas un code de conduite formel.

DES REVENDICATIONS VALABLES ?

Du côté de la Chine, ses revendications se basent sur des considérations historiques. Elle estime ainsi que les îles Spritleys et les îles Paracels relèvent de son territoire depuis près de deux millénaires et avance pour cela d’anciens manuscrits évoquant ces archipels comme chinois, mais également des poteries ou encore de la monnaie trouvées sur ces îles. Des revendications donc fragiles selon certains experts car des trouvailles de monnaies de la dynastie Han ne seraient pas des arguments convaincants pour des revendications contemporaines, mais au contraire de possibles indices de relations commerciales entre la Chine et l’Asie du Sud-Est.

Enfin concernant le Vietnam, il est important de ne pas omettre sa longue vocation maritime. En effet, soucieuse de défendre ses côtes longues de plus de 2000 km et de contrôler ses eaux territoriales, le Vietnam a petit à petit établit sa souveraineté sur les deux archipels suivantes : Hoang-Sa et Truong-Sa. Ainsi en 1951, à la conférence de la paix à San Francisco, à laquelle participait la Chine nationaliste, le chef du gouvernement vietnamien réaffirma que ces archipels faisaient partie intégrante du territoire national du Vietnam. Il est vrai que cette déclaration ne souleva aucune protestation ni observation, mais notons que la République populaire de Chine était absente de cette conférence.

Mais plus pertinemment, avec le Japon comme avec le Vietnam, il s’agit plus spécifiquement des Etats-Unis que la Chine tente de viser, car le dernier acte politique d’Hillary Clinton avant de quitter le département d’Etat a été de proclamer que les Etats-Unis étaient du côté du Vietnam dans ses conflits territoriaux avec Pékin. Alors, que feront les Américains si les gestes provocateurs entre les deux pays laissent place à une réelle confrontation ?

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